bandeau Aconit

Accueil > Histoire > Les hommes


Multilingual access to ACONIT through Multilingual access to aconit
Pour nous ťcrire :





© 2002-2014 - Aconit


Google

Jean Kuntzmann


Jean Kuntzmann (1912-1992)

Un extraordinaire pionnier

Le professeur Jean Kuntzmann, décédé le 19 décembre 1992, était arrivé à Grenoble en 1945.

Apr√®s de brillantes √©tudes au lyc√©e d’√Čpinal (premier prix de math√©matiques au concours g√©n√©ral en 1929) et √† l’√Čcole Normale Sup√©rieure (premier √† l’agr√©gation de math√©matiques en 1934), il pr√©pare une th√®se d’√©tat en alg√®bre.

Mobilis√© en 1939, il soutient n√©anmoins sa th√®se en 1940, est fait prisonnier de guerre et restera en captivit√© jusqu’en 1945. Nomm√© ma√ģtre de conf√©rences √† l’universit√© de Grenoble en 1942, il rejoint son poste √† la fin d’une captivit√© qui fut √©prouvante pour sa sant√©.

Toute sa carri√®re universitaire s’est d√©roul√©e √† Grenoble.

Cette stabilit√© g√©ographique est √† mettre en parall√®le avec une extr√™me mobilit√© th√©matique qui l’a conduit des math√©matiques pures (th√®se d’alg√®bre en 1940) √† la didactique des math√©matiques et de l’informatique (derniers travaux en 1987) en passant par la cr√©ation et le d√©veloppement de domaines de recherche et d’enseignement enti√®rement nouveaux en calcul num√©rique et en informatique.

J’ai eu le grand honneur d’√™tre successivement l’un de ses √©l√®ves √† l’Institut Polytechnique de Grenoble, l’un de ses collaborateurs techniques au Laboratoire de Calcul et l’un de ses coll√®gues enseignants-chercheurs √† la Facult√© des Sciences dans le service de Math√©matiques Appliqu√©es.

Ses coll√®gues math√©maticiens, beaucoup plus comp√©tents que moi dans le domaine des math√©matiques, ont d√©crit ses travaux et soulign√© l’originalit√© de ses contributions dans le domaine des math√©matiques appliqu√©es et de la didactique des math√©matiques et de l’informatique (1).

Je voudrais tenter de souligner ici le r√īle qu’il a jou√© dans la naissance et le d√©veloppement de l’informatique √† Grenoble dans la p√©riode 1956-1968.
Grenoble en 1945

Pour comprendre comment sont n√©s le calcul num√©rique et l’informatique √† Grenoble, il n’est pas inutile de pr√©senter le contexte de cette ville √† l’arriv√©e de Jean Kuntzmann en 1945.

Ce contexte est caract√©ris√© par la pr√©sence de plusieurs acteurs : l’Universit√©, les √Čcoles d’Ing√©nieurs (Institut Polytechnique de Grenoble), les Industries locales (Merlin-G√©rin Neyrpic, Sogreah, Bouchayer-Viallet ... ), et la Ville : capitale des Alpes et de la Houille Blanche.

Depuis le d√©but du si√®cle, une coop√©ration s’√©tait d√©velopp√©e entre 1’universit√© ’ (l’Institut Polytechnique √©tait rattach√© √† la Facult√© des Sciences), les Industries locales et la Ville.

L’Institut Polytechnique est n√© d’une volont√© et d’une coop√©ration exemplaire entre l’Universit√©, l’Industrie locale et la Ville c’est √† la suite d’un cours du soir d’√©lectricit√© industrielle donn√© par Paul Janet en 1892 √† l’initiative de la Ville et qui connut un tr√®s grand succ√®s, que se cr√©a quelques ann√©es plus tard la premi√®re √©cole d’ing√©nieurs de Grenoble : l’Institut √Člectrotechnique de Grenoble (IEG).
La rencontre avec Félix Esclangon

A peine arriv√© √† Grenoble, Jean Kuntzmann est sollicit√© par F√©lix Esclangon, professeur de physique √† la Facult√© des Sciences et directeur de l’Institut Polytechnique pour d√©velopper un enseignement de math√©matiques √† l’usage des ing√©nieurs. Cet enseignement d√©marr√© d√®s l’ann√©e universitaire 1945-46 sera le point de d√©part des Math√©matiques Appliqu√©es et du Calcul Num√©rique √† Grenoble.

√Čl√®ve ing√©nieur √† l’Institut Polytechnique en 1949, j’ai suivi le cours d’analyse appliqu√©e du professeur Jean Kuntzmann qui √©tait compl√©t√© par des travaux pratiques de calcul sous la direction de Jean Laborde. Ces travaux pratiques de calcul √©taient effectu√©s √† l’aide de tables num√©riques et de machines √† calculer de bureau, m√©caniques ou √©lectriques.
Cette mise en place d’un enseignement des math√©matiques pour l’ing√©nieur aboutira tout naturellement quelques ann√©es plus tard √† la cr√©ation du titre d’ing√©nieur en math√©matiques appliqu√©es de Grenoble (IMAG, sigle mondialement connu), l’une des contributions les plus audacieuses et originales de Jean Kuntzmann.
Le laboratoire de calcul

La coop√©ration Universit√©-Industrie, d√©velopp√©e au d√©but du si√®cle apr√®s la d√©couverte de la houille blanche et les premi√®res r√©alisations d’Aristide Berg√®s, caract√©rise l’atmosph√®re de l’Institut Polytechnique. Les industriels du secteur, constructeurs de conduites forc√©es, de turbines, de mat√©riels √©lectriques ont contribu√© tout naturellement √† l’√©tablissement de laboratoires d’essais r√©alisant des travaux d’exp√©rimentation et de mise au point, (laboratoire d’essais √©lectriques, d’essais m√©caniques, d’essais hydrauliques,etc ... ).

Tr√®s vite, les industriels, qui ont besoin d’effectuer des √©tudes et des calculs complexes, font appel √† Jean Kuntzmann : c’est ainsi que na√ģtra le laboratoire de calcul en 1951.

Ainsi, quelques ann√©es apr√®s son arriv√©e √† Grenoble, Jean Kuntzmann a mis en place ce qu’il d√©signe comme la triple mission de l’Universit√©s :
enseignement - recherche - contacts extérieurs
Le calcul analogique

Une coop√©ration avec l’industrie n’est que l’un des aspects des contacts ext√©rieurs. Une coop√©ration suivie avec le minist√®re de l’air (Service Technique de l’A√©ronautique avec Marc Pelegrin va permettre l’installation en 1952 d’une machine analogique √† courant continu : l’OME L2 ).

Cette machine, construite par la SEA sous la direction de F.H. Raymond, permettait la r√©solution d’un syst√®me de 12 √©quations diff√©rentielles lin√©aires √† coefficients constants, avec des dispositifs auxiliaires permettant d’introduire des coefficients variables et des termes non lin√©aires.

Des relations de partenariat se d√©veloppent √©galement avec √Člectricit√© de France (Direction des √Čtudes et Recherches), le Laboratoire Central de l’Armement et le CNET.

Cette coop√©ration avec les administrations et les industriels pr√©sentera un double avantage :

  • fournir des probl√®mes √† √©tudier,
  • obtenir des moyens suppl√©mentaires pour financer du personnel contractuel, des bourses de th√®se et des √©quipements de calcul.

√Čcoutons le t√©moignage de Maurice Mignot, jeune ing√©nieur de l’a√©ronautique √† l’√©poque :
« Je suis arriv√© √† Grenoble pour travailler avec M.Kuntzmann en octobre 1951.
A ce moment pr√©cis, M. Kuntzmann ne disposait que d’un bureau √† l’Institut Fourier et d’aucun mat√©riel. On ne parlait pas d’informatique mais de calcul num√©rique et on ne parlait pas d’ordinateurs mais de machines √† calculer.
Le projet √©tait de d√©velopper les m√©thodes de calcul num√©rique, permettant de r√©soudre notamment les probl√®mes d’√©quations diff√©rentielles et d’√©quations aux d√©riv√©es partielles compte tenu de l’arriv√©e pr√©vue de « moyens de calculs puissants. Bien s√Ľr, ces moyens feraient sourire aujourd’hui mais ils repr√©sentaient un changement d’ordre de grandeur par rapport au calcul « √† la main » .
Enfin, pour bien caract√©riser l’√©poque, il faut dire qu’il y avait une bonne proportion du milieu ambiant qui ne dissimulait pas que s’int√©resser √† des probl√®mes de calcul num√©rique √©tait une occupation de dernier ordre et sans avenir ! ». (2)

En 1955, des Journ√©es Alpines de Calcul Num√©rique se tiennent √† Grenoble. Lors d’une r√©cente visite √† Grenoble, Jacques Maisonrouge d’IBM, mentionnera la forte impression que lui laissa Jean Kuntzmann √† cette occasion.
La naissance de l’informatique √† Grenoble

A cette époque, on commence à parler de machines électroniques digitales programmables.
J’entre au laboratoire de calcul en 1956, apr√®s une formation d’ing√©nieur √©lectrotechnicien et radio √©lectricien et une p√©riode de quelques mois dans un laboratoire d’√©lectronique, interrompue par un rappel √† l’activit√© militaire en Afrique du Nord.

Le professeur Jean Kuntzmann m’avait √©crit pour me demander de venir travailler dam son laboratoire pour la mise en route d’un calculateur √©lectronique digital.

Pendant 12 ans, collaborateur technique direct de Jean Kuntznnann, je vais √™tre l’observateur privil√©gi√© de ce qu’il appelle « l’explosion informatique » et qu’il d√©crit ainsi :
"la p√©riode pr√©c√©dente peut √™tre compar√©e √† la naissance d’un grand arbre isol√©. Au cours de cette p√©riode,l’arbre va devenir for√™t ». (3)

D√®s novembre 1956, une intense activit√© va se d√©velopper autour des machines digitales et de leur programmation. En m√™me temps, une section sp√©ciale d’ing√©nieurs en math√©matiques appliqu√©es fonctionne officieusement avec un seul √©l√®ve qui n’obtiendra son dipl√īme qu’en 1958, avec la premi√®re promotion officielle de 4 √©tudiants,

Cette section sp√©ciale conduira tout naturellement √† la mise en place d’une section normale en 1960 et √† la cr√©ation d’une grande √©cole d’ing√©nieurs d’Informatique et de Math√©matique Appliqu√©es : l’ENSIMAG

On peut dire que de toutes les cr√©ations de Jean Kuntzmann elle est la plus originale et s’av√®rera extr√™mement f√©conde pour le d√©veloppement de l’Informatique √† Grenoble.
Ainsi, quinze ans apr√®s son arriv√©e √† Grenoble, il avait r√©ussi √† cr√©er une nouvelle √©cole d’ing√©nieurs au sein de cet Institut Polytechnique, fief jusqu’alors incontest√© des √©lectriciens, √©lectroniciens, hydrauliciens, m√©caniciens et chimistes.

Il en gardera une grande fiert√© comme en t√©moigne la lettre qu’il adressa √† la promotion du trenti√®me anniversaire quelques mois avant sa disparition (annexe 2).
Du codage binaire à la programmation symbolique

Le premier cours de programmation fut donn√© √† Grenoble en d√©cembre 1956 par Monsieur Sollaud, ing√©nieur √† la Soci√©t√© Normacem de Lyon. Nous √©tions 4 auditeurs : Jean Kuntzmann, Jean Laborde, C. Rohrbach,l’√©l√®ve ing√©nieur de la section sp√©ciale et moi-m√™me.

Cette soci√©t√© disposait d’un √©quipement m√©canographique Gamma 3 de la Compagnie des Machines Bull dit « √† programme par cartes ». Cet √©quipement r√©alisait une extension du calculateur Gamma 3 qui ne disposait que de 15 m√©moires de donn√©es et d’une m√©moire programme sous la forme d’un tableau de connexions de 64 instructions. Le dispositif « programme par cartes » permettait une extension de la m√©moire au moyen de cartes perfor√©es contenant des instructions judicieusement altern√©es avec des cames de donn√©es.

Les travaux pratiques avaient lieu le samedi √† Lyon. Nous prenions le train t√īt le matin et disposions de la journ√©e pour mettre au point et ex√©cuter les programmes pr√©par√©s pendant la semaine.
Malgré sa grande aisance pour tout ce qui touchait au calcul et son enthousiasme pour ces nouvelles techniques, Jean Kuntzmann butait parfois sur des erreurs de codage ou de manipulation.
Avec son calme et son optimisme, il repr√©sentait pour nous un mod√®le inimitable ; son humilit√© et sa patience devant tant de d√©tails mat√©riels souvent rebutants, nous fascinaient.

L’ann√©e suivante, la soci√©t√© Neyrpic-Sogreah f√ģt l’acquisition d’une machine IBM 6-50, machine √† programme enregistr√© qui repr√©sentait un progr√®s consid√©rable par rapport au Gamma 3 √† programme par cartes. Un cycle de programmation fut organis√© √† SOGREAH et nous disposions de la machine le samedi.

Cette m√™me ann√©e 1957, Jean Kuntzmann obtint un cr√©dit d’√©quipement destin√© √† l’achat d’un calculateur digital pour le Laboratoire de Calcul.
Apr√®s Lies discussions et des √©tudes approfondies avec les 3 constructeurs de cette √©poque :

  • la Soci√©t√© d’√Člectronique et d’automatisme (SEA) qui
    construisait les CAB 2000 et 3000,
  • la Compagnie IBM France
  • la Compagnie des Machines Bull, il fut d√©cid√© d’acqu√©rir un Gamma Extension Tambour, calculateur disposant d’une m√©moire rapide de 64 mots de 48 positions binaires (en plus des 15 m√©moires et du tableau de connexions du Gamma 3) et d’une m√©moire auxiliaire √† tambour magn√©tique de 8192 mots.

Cette machine fut inaugur√©e en janvier 1958 sous la pr√©sidence du philosophe Gaston Berger, directeur de l’Enseignement Sup√©rieur (et grand sp√©cialiste de la prospective
A cette occasion, Jean Kuntzmann composa un petit po√®me imprim√© par la machine (Annexe 1) qui fit l’√©merveillement des invit√©s et dont le manuscrit original est conserv√© dans les archives de l’IMAG.

On peut signaler ici la technique du « couper-coller », propre √† Jean Kuntzmann pour la fabrication des documents manuscrits et dont la transposition informatis√©e est l’une des caract√©ristiques ergonomiques du syst√®me Macintosh (logiciels de positionnement, ciseaux et colle √©lectroniques).
Ouverture sur l’ext√©rieur

Toujours en 1957, Jean Kuntzmann prend l’initiative :
-de la cr√©ation d’une association fran√ßaise de sp√©cialistes du calcul : l’Association Fran√ßaise de Calcul (AFCAL) dont le premier pr√©sident fut Andr√© Danjon, Directeur de l’Observatoire de Paris, et qui s’intitulera successivement AFCALTI, AFIRO, et AFCET. Le premier congr√®s de l’association se tiendra √† Grenoble en 1960,
- de la publication d’une revue trimestrielle de l’association : CHIFFRES dont il fut le premier r√©dacteur. (N° 1 en mars 1958).
Il participe √† la pr√©paration de la conf√©rence UNESCO tenue √† Paris en juin 1959 qui donnera naissance √† l’IFIP.

Il devient membre de plusieurs commissions nationales (CNRS, DGRST, COPEP). C’est encore √† cette √©poque que Jean Kuntzmann s’int√©resse au d√©marrage de l’automatique √† Grenoble, et Ren√© Perret, futur Directeur du Laboratoire d’Automatique de Grenoble (LAG) travaille quelques mois au Laboratoire de Calcul.
En 1959, il aide efficacement Bernard Vauquois pour obtenir du CNRS la cr√©ation d’un Centre d’√Čtudes pour la Traduction Automatique (CETA).
Vers le génie logiciel

Une orientation nouvelle concernant les langages et syst√®mes de programmation dont il me confie la responsabilit√© op√©rationnelle est mise en route dans le courant de l’ann√©e 1961

Cette orientation conduira tout naturellement quelques ann√©es plus tard, √† ce qui sera appel√© « g√©nie logiciel » ("Software engineering" en jargon informatiques*)
La premi√®re th√®se sur ce sujet, intitul√©e : « Principes de compilation de COBOL » fut soutenue par Jean Loup Baeren 1963. (Jean Loup Baer actuellement professeur d’informatique √† l’Universit√© de Washington √† Seattle est un sp√©cialiste international de l’architecture des syst√®mes informatiques).

Dans les ann√©es qui suivront de nombreuses th√®ses de 3√®me cycle, de docteur-ing√©nieur et d’√Čtat seront soutenues sous la direction et la pr√©sidence de Jean Kuntzmann :
Jean Claude Boussard, Georg Werner et Jean Le Palmec en 1964, Louis Bolliet, Jacques Cohen, Alain Colmerauer et Laurent Trilling en 1967, Jem-Pierre Verjus et Michel Lucas en 1968, Michael Griffiths en 1969, Olivier Lecarme en 1970.

Dans le domaine de l’enseignement, cette p√©riode est caract√©ris√©e par un grand nombre de cr√©ations et de transformations :

  • 3√®me cycle de math√©matiques appliqu√©es et d’informatique
  • dipl√īme d’√©tudes sup√©rieures techniques (DEST) de programmation, premi√®re √©tape vers la mise en place d’une fili√®re "Ing√©nieurs CNAM en Informatique", au Centre R√©gional de Grenoble.
  • licence et ma√ģtrise de math√©matiques appliqu√©es et d’informatique.
    Sur le Campus

En 1963, commence la grande aventure sur le domaine universitaire avec de vastes locaux et l’installation d’un gros ordinateur (IBM 7044) et de mini-ordinateurs pour des applications nouvelles (Syst√®mes en temps partag√©, syst√®mes conventionnels, syst√®mes graphiques).

L’Institut de Programmation de Grenoble cr√©√© en 1966 sera dirig√© pendant de nombreuses ann√©es par No√ęl Gasfinel. Ce math√©maticien de formation, dot√© d’une vaste culture technique allant du calcul num√©rique √† l’√©lectronique en passant par tout ce qui touche au logiciel, fera de cet Institut une matrice pour des formations de 2√®me cycle.

Cette m√™me ann√©e, un d√©partement informatique commence √† fonctionner √† l’Institut Universitaire de Technologie de Grenoble
D√©but 1967, la coop√©ration avec IBM aboutit √† la cr√©ation d’un Centre Scientifique IBM au sein de l’IMAG, qui d√©veloppera de nombreux travaux sur es syst√®mes et machines virtuelles. 1
Quelques ann√©es plus tard une coop√©ration avec la CII aboutira √† l’√©tablissement d’un Centre Scientifique CII, puis CII-Honeywell-Bull apr√®s l’abandon d’Unidata. Actuellement ce Centre continue √† fonctionner en symbiose avec l’IMAG sous la forme d’une Unit√© mixte ( Bull-IMAG Syst√®mes).

L’amorce d’un partenariat avec l’IRIA ne se concr√©tisera de mani√®re significative, qu’une vingtaine d’ann√©es plus tard.

A partir des ann√©es 70, Jean Kuntzmann commence √† organiser la rel√®ve. Le Centre de Calcul, devenu Centre Interuniversitaire de Calcul de Grenoble (CICG) et l’√©quipe d’analyse num√©rique passent sous la direction de No√ęl Gastinel et l’√©cole d’ing√©nieurs (ENSIMAG) sous la direction de Pierre Jean Laurent.Il continuera n√©anmoins √† assurer la direction de IMAG qui est devenu un tr√®s grand laboratoire associ√© au CNRS (LA7).

Estimant que les √©quipes de recherche qu’il a cr√©√©es inspir√©es et soutenues peuvent maintenant se d√©velopper de mani√®re autonome, il va se consacrer jusqu’√† sa retraite en 1977 et bien au-del√† jusqu’en 1987) √† un dernier domaine de recherche : la didactique des math√©matiques et de l’informatique.
Un homme de science et de culture

Tout au long de cette grande aventure grenobloise, Jean Kuntzmann fut indiscutablement un homme de science par la diversit√© et l’originalit√© des enseignements et des recherches qu’il assuma personnellement ou qu’il suscita par ses initiatives.
Il fut aussi un homme de culture dont le r√īle est de pourfendre les id√©es re√ßues et les positions √©tablies et de permettre ainsi l’apparition d’id√©es et de structures nouvelles.

Il convient de souligner √©galement ses qualit√©s exceptionnelles d’administrateur et de gestionnaire, si l’on consid√®re qu’il r√©ussit √† ma√ģtriser un d√©veloppement de tr√®s grande ampleur en termes effectifs d’√©tudiants, de personnels, de budgets et de b√Ętiments.

Je terminerai en citant un passage de la lettre que j’avais adress√©e en 1988 √† Alain Carignon, maire de Grenoble, √† l’occasion d’un Colloque sur 1 l’Histoire de l’Informatique en France :
"Au cours de cette r√©ception, il est pr√©vu que vous remettiez la m√©daille d’or de la ville de Grenoble au professeur Jean Kuntzmann fondateur de l’IMAG. Malgr√© sa timidit√© et sa modestie c’est un grand savant qui a rendu d’√©minents services √† la science et √† l’industrie fran√ßaises. L’IMAG a un rayonnement international el est un centre d’excellence depuis plus de trente ans. Des chercheurs issus de Grenoble ont essaim√© dans les universit√©s fran√ßaises et √©trang√®res l’en Europe, en Asie, en Am√©rique du Nord et du Sud).
Cet hommage au Professeur Jean Kuntzmann est tout √† la fois un acte de reconnaissance et un acte de foi dans l’avenir de l’informatique".

R√©f√©rences :

1- Balacheff N, Benzaken C, Laborde C. 1993 "Jean Kuntzmann ou les voyages extraordinaires au pays des math√©matiques inconnues". Bulletin de l’APMEP.

  • Laurent PJ 1993

"Hommage à Jean Kuntzmann" Interflash, AFCET.
"Naissance de l’informatique : le r√īle de Jean Kuntzmann".
Journal d’information de l’universit√© Joseph Fourier

2- Mignot M. 1988. "Un t√©moin". Acte du colloque sur l’histoire de l’Informatique en France, volume 1, pp 309-315.

3- Kuntzmann J. 1992 "Naissance et jeunesse de l’IMAG". Publication de l’IMAG, Grenoble.

Par Louis Bolliet

Première publication :
Mise en ligne le dimanche 12 mai 2013

Article écrit par :
Bolliet Louis


DANS LA MEME RUBRIQUE :


Haut de page | Accueil | Plan du site | Mentions lťgales | Administration ?