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Alice Recoque


Alice Recoque est une grande dame de l’histoire de l’Informatique française. Elle a débuté à la Société d’Electronique et d’Automatisme (SEA), première société française à produire des ordinateurs, Elle a rejoint la Compagnie Internationale pour l’Informatique (CII) lors du Plan Informatique en 1966. La CCI est devenue ensuite CII HONEYWELL BULL en 1976, puis plus tard BULL…

Dan Humblot - Président de la FEB Fédération des Équipes Bull

Alice RECOQUE nous a quittés le jeudi 28 Janvier 2020 à l’age de 91 ans.

Elle est une véritable icône de l’histoire de l’Informatique et plus particulièrement de celle du Groupe Bull, qu’elle a rejoint via la Société d’Electronique et d’Automatisme (SEA), regroupée en 1966 dans la Compagnie Internationale pour l’Informatique (CII), puis intégrée en 1976 dans CII HONEYWELL BULL, devenue plus tard BULL.

Née à Cherchell en Algérie française le 29 Août 1929

Diplomée de l’ÉCOLE SUPÉRIEURE DE PHYSIQUE ET DE CHIMIE INDUSTRIELLE DE LA VILLE DE PARIS, (ESPCI), elle intègre dès sa sortie la SEA.

Elle participe à l’élaboration de l’ordinateur de bureau CAB 500, mais son véritable fait d’armes c’est la création en 1970 en tant que chef de projet du mini ordinateur de gestion industrielle MITRA 15, commercialisé à plus de 8000 exemplaires. Une véritable performance pour l’époque.

Il sera utilisé dans le réseau de communication CYCLADES, ancêtre d’Internet !

En 1985, sous la présidence de Jacques STERN, Président de Bull, elle initie et prend la responsabilité de la Mission sur l’Intelligence Artificielle, qui malheureusement n’a pas été financée à la hauteur des espoirs et des possibilités actuelles, 35 ans plus tard. Comme disait Christian JOLY, ancien directeur général des Etudes : "Bull, carrefour des chances perdues" !

Avoir raison trop tôt n’est pas synonyme de réussite. Ses efforts ont été repris par la Fondation Fredrik Bull oeuvrant dans les algorithmes informatiques d’assistance aux personnes mal-voyantes ou handicapées.

Elle fut aussi responsable de la Direction des Brevets et de la Propriété industrielle. A son époque, les créateurs Matériel et Logiciel devaient passer sous ses fourches caudines. Le nombre de dépôts de brevets a été multiplié par 10, au grand désespoir des concepteurs pour lesquels c’était un pensum et qui devaient y consacrer de nombreuses heures !!

Elle avait une approche pédagogique hors pair, un relationnel d’un trés grand humanisme et surtout une modestie aussi à la hauteur de son talent !

Une très grande DAME !


Pierre-Eric Mounier-Kuhn - Historien, chargé de recherches au CNRS

J’ai rencontré régulièrement Alice Recoque depuis notre premier entretien en 1998 – entretien amical mais difficile du point de vue de l’historien car, tandis que j’essayais de l’attirer dans nos colloques, Alice Recoque m’expliquait qu’elle s’intéressait beaucoup plus à l’avenir qu’au passé !

C’est l’une des plus belles figures de "pur ingénieur" que j’ai eu la chance de rencontrer. Elle maîtrisait son domaine avec une hauteur de vue et une connaissance profonde des détails techniques dans lesquels se niche le diable, en ayant le don d’expliquer de façon lumineuse les arcanes de l’architecture informatique, des dilemmes et des choix technologiques, qui donnait au profane l’impression fugace de comprendre l’essentiel. Souvenir très vif des heures passées dans les sous-sols de l’INRIA à examiner avec elle les archives du projet MIRIA et à discuter des rapports (assez lointains) entre MIRIA et le Mitra 15.

Plus tard, quand j’officiais à Centrale (Chatenay-Malabry), déjeuners-discussions chez elle à Sceaux, où un déplorable incendie avait anéanti d’un coup ses archives personnelles et ses skis. Mais sa mémoire précise et sa qualité d’analyse ont permis de répondre à maintes questions, qu’il s’agît de la SEA ou de la CII. Je sais moins ce qu’elle a fait chez Bull (sauf dans les grandes lignes de ses attributions officielles), et je serais reconnaissant à tous ceux qui voudront bien m’aider à compléter cette partie de sa biographie.

La vie ne l’avait pas épargnée, mais sa forte et enthousiaste personnalité lui a permis d’aller de l’avant en surmontant les épreuves.

Que la terre lui soit légère et le ciel accueillant.


Alain Guyot - ACONIT - ex-professeur ENSIMAG

Dans les années 70 la microprogrammation était très tendance. Le MITRA 15 était pourvu d’une mémoire optionnelle de microprogramme extensible.
Par exemple un thésard avait ajouté au jeu d’instruction une FFT complète, faisant du MITRA 15 un processeur de traitement du signal avant l’heure.

En 1975, Madame Recoque avait donné à l’IMAG le simulateur de la micromachine (le coeur) MITRA 15, simulateur/débogueur écrit en Fortran.
Ce simulateur avait été développé à Louvecienne, dans les baraques en bois d’un ancien campus du commandement de l’OTAN.

Les travaux pratiques du cours de l’option Architecture consistaient à ajouter quelques instructions microprogrammées au jeu d’instructions du MITRA 15 virtuel (simulé) puis
écrire un tout petit programme utilisant ces instructions puis simuler/débugger le programme et le microprogramme.

Ces "instructions ajoutées" devait être compatibles avec les instructions natives du MITRA 15 (mêmes format, modes d’adressage, ..)
La gestion des périphériques (disque, console) du MITRA 15 était entièrement microprogrammée.

Ces TP qui montraient tous les aspects internes d’un petit ordinateur populaire étaient très appréciés.
Vers 1979-1980 ces TP ont été remplacés par des TP d’assemblage (par wrapping) et de programmation de microprocesseurs (MC 6800, Z80, Intel 8085, SCMP, ... ;).

De même la gestion des périphériques des Mitra 115, 125, 135, conçus à Echirolles par la SEMS, n’était plus microprogrammée mais confié à des MC 6800.


Philippe Denoyelle

Après un début de carrière à la CAE Compagnie Européenne d’Automatisme et d’Électronique, j’ai vécu les débuts de la CII, et j’ai vu arriver les ingénieurs des différentes entreprises absorbées. C’est ainsi que j’ai croisé à quelques reprises madame Recoque. Elle nous impressionnait fort, ma femmee moi, jeunes ingénieurs débutants…

Quand j’ai développé pour l’association ACONIT le système des Galeries virtuelles pour mettre en valeur certains objets de notre collection, il m’a paru naturel de dédier la "salle" mini-ordinateurs à Alice Recoque. Comme il y a peu de photos d’elle sur internet, je lui ai téléphoné. Elle a très bien accueilli ma démarche. Elle connaissait ACONIT et avait déjà découvert l’ébauche de cette salle virtuelle.

C’est elle qui m’a envoyé la photo qui illustre cet article et qui nous a encouragé.
Et nous n’avons jamais manqué de parler d’elle et de ses réalisations lors des visites guidées de notre collection !

Première publication :
Mise en ligne le lundi 15 février 2021

Article écrit par :
Philippe Denoyelle


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